Accueil » Biographie » Ajouter la biographie de Porcupine Tree » Deadwing
On se demande toujours comment Porcupine Tree arrive à donner l'impression de sortir un album encore meilleur à chaque fois, et ce depuis le tout début. Peut-être que finalement, ce n'est pas forcément une élévation constante en qualité, mais aussi que dans une certaine mesure, chaque nouvel album gomme les défauts de son prédécesseur. Et il s'avère qu'encore une fois, Deadwing ne déroge pas à cette règle, sans pour autant être un album meilleur.
Pour clarifier ce qu'apporte donc ce nouvel album de l'arbre à Porcs-épics, il est donc utile de se replonger quelque peu sur In Absentia, sorti fin 2003 sur leur nouveau label Lava. Cet In Absentia a été consacré à la quasi-unanimité comme un chef d’œuvre dans le cercle progressif. On entend ici par chef d’œuvre un disque assez abouti et charismatique pour qu'on en parle encore dans plusieurs décennies, au même titre qu'un Dark side to the moon des Pink Floyd ou qu'un Red de King Crimson. Ce Deadwing avait donc toutes les chances de décevoir, car on savait qu'intrinsèquement, il ne pouvait pas être de la trempe d'In Absentia.
Pourtant, il ne déçoit pas. Il affirme la qualité exceptionnelle du groupe, enfonce le clou en quelque sorte, en apportant ce petit vent de fraîcheur qui lui donne son identité.
Parce que les quelques reproches ayant été faits à In Absentia étaient de l'ordre d'une trop grande intellectualisation de leur musique, au détriment de la spontanéité. En quelque sorte, In Absentia paraissait un monument tellement immense, droit et parfait qu'il en perdait l'humanité et le charme d’œuvres plus modestes. Et tout en reprenant dans les grandes lignes les fondations d'In Absentia, Deadwing bâtit quelque chose de plus fragile, moins ambitieux, avec des failles. Deadwing ne se contemple pas de manière externe, il se vit. Voilà où est l'évolution. Ce paramètre existait déjà dans Lightbulb sun bien sûr, mais arriver à ce résultat avec la matière d'In Absentia est un challenge pas aussi simple qu'il n'y parait.
Parlons maintenant plus en détail de la musique. In Absentia avait amorcé un virage beaucoup plus moderne de la musique de Porcupine Tree. La production (parfaite) était plus pop, entendez par-là plus compacte et les influences pour le trip-hop d'une part et surtout le métal étaient quasi omniprésentes en filigranes tout au long du disque. Deadwing reprend l'ensemble de ces caractéristiques, mais en donnant encore plus d'importance à l'aspect métal et en mettant plus en retrait l'aspect trip-hop. Mais en plus de ça, Steven Wilson a voulu retourner à ses premiers amours si l'on peut dire, et à la modernité de sa musique, il a apporté ça et là des petits clins d’œil au passé du groupe. On retourne donc quelque peu aux sources progressives avec deux morceaux de plus de 10 minutes, des passages qui rappellent le psychédélisme onirique de Porcupine Tree il y a dix ans.
On se retrouve donc avec un album très moderne, mais à la fois teinté de douce mélancolie aérienne d'antan. En plus de ça, je l'ai mentionné plus tôt, cet album respire la fraîcheur. Certains diront que Wilson retombe à l'adolescence, mais je préfère voir ça comme un relent de spontanéité. En effet, certains morceaux sont très accessibles, où du moins sentent forcément cette pureté de la jeunesse. Le morceau Shallow par exemple est sans fioriture, un morceau de métal mélodique très simple qui pourrait presque (je dis bien presque) passer sur Europe 2. De la même façon Lazarus est le single pop parfait: une ballade très typée Coldplay qui se veut juste belle et émouvante. Parfois, le disque respire le fun, comme sur un Open car en forme d'hymne, avec ses couplets très Rage Against The Machine et ses envolées mélodiques à chanter sous la douche. Porcupine Tree fun, qui aurait cru ça possible ?
Pour autant, on reste très loin d'une musique simple d'accès, qu'on écoute et qu'on jette. Légèreté et profondeur ne sont pas incompatibles. Il faudra donc de très nombreuses écoutes avant d'espérer maîtriser ce Deadwing. De nombreuses écoutes pour s'imprégner de la progression des morceaux, des nombreuses variations d'ambiance au cours du disque... Car on retrouve sensiblement de tout dans ce disque: de quoi simplement avoir envie de taper du pied ou de bouger la tête, mais aussi de quoi s'émouvoir, de quoi rêver et enfin de quoi s'extasier devant quelques passages venus d'ailleurs (que les quelques moments où les musiciens se découvrent complètement et montrent qu’ils sont plus qu’excellents.
Le disque s'ouvre sur Deadwing, un long titre de 10 minutes qui flirte avec le métal progressif. L'ambiance est synthétique, dans l'esprit d'up on the downstairs, deuxième album du groupe. Les riffs sont puissants, les mélodies accrocheuses, la deuxième partie du morceau est spontanément indispensable, avec sa basse splendide, ses riffs très proches d'Opeth et le solo de Brian Belew (King Crimson). Suite à cette ouverture impressionnante, se suivent 3 morceaux courts: Deadwing, Shallow et Halo, un titre un poil faible car peu original et pas très efficace, malgré une grosse partie instrumentale. On arrive alors au morceau pivot de l'album, Arriving somewhere but not here. Long de 12 minutes, c'est une longue chanson pop en apesanteur entrecoupée d'un passage très violent et de passages au contraires très apaisants (longue introduction Floydienne, petit solo Jazzy de Michael Atkerfeldt d'Opeth et enfin un envoûtant fade-out avec une ambiance proche du meilleur de U2). Ce morceau est un classique évident du groupe donc. La seconde partie de l'album se révèlera encore plus intéressante. Mellotron Scratch est une ballade folk cosmique et gentiment décalée, avec tout ce qui faut pour faire un grand morceau. Open Car enchaîne ensuite avec son efficacité pure. Puis vient Start Of Something Beautiful, autre morceau d'envergure. Le rock progressif du nouveau millénaire, c'est ça. La philosophie progressive au service d'un morceau absolument unique. La batterie et la basse sont très originales, tandis que richard Barbieri prouve une fois de plus qu'il est un grand claviériste. Le refrain est incroyable. Et mieux encore, la partie finale tout en mélancolie arrive à tirer les larmes des yeux de quasiment n'importe qui. Un final qui rappelle à quel point Steven Wilson sait faire "pleurer" sa guitare. On est déjà au dernier titre avec Glass Arm Shattering. C'est la conclusion parfaite, avec un titre lent et contemplatif, hypnotique et psychédélique au possible, comme au temps de Dark Matter. On décolle haut, très haut. On s'émerveille… Des cœurs qui arrivent qui prouvent que Wilson n'a pas son pareil pour les harmonies vocales. Quelques notes de piano. Le disque est fini.
Que peut-on reprocher à ce disque? De ne pas innover outre mesure? C'est vrai. De se rendre plus accessible que jamais? C'est vrai aussi. Pour autant, ce disque en devient-il une déception? Pas de mon point de vue. Car Aucun groupe ne peut aspirer à se réinventer, à produire un disque divin à chaque fois. Plutôt que tenter cela, en ayant le risque de se louper complètement, Porcupine Tree a plutôt décidé d'effectuer un album de transition, un à la manière d'un Hail to the Thief de Radiohead. Deadwing est donc une espèce de conclusion, de synthèse de ce qu'a fait le groupe jusque là. Une synthèse pour pouvoir partir sur de nouvelles bases saines.
Et ce disque synthèse est parfait dans son genre. Aussi accessible qu'il demande du temps pour être complètement apprivoisé, c'est un album dont on ne parlera que peu dans 10 ans, mais qui aura le mérite de ne pas être reconnu comme mauvais. Et, dans une portée à court et moyen terme, c'est un disque qui va tourner sur beaucoup de platines pendant de longs mois tant il s'adapte à toutes les humeurs et tant il ne lasse pas. On attend du prochain un chef d’œuvre, et on patiente en se délectant de ce sublime Deadwing.
Posteur : Droso