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- Le post-rock est l'un des genres les plus en vue de nos jours, mais demeure pourtant une notion très flou car regroupant des groupes dont la ressemblance musicale est souvent loin d'être évidente. En effet, comment comparer Labradford et A Silver Mt Zion, Fly Pan Am et Explosions In The Sky ? Par ailleurs, nombre de groupe refuse cette étiquette (car comme toutes étiquette, trop réductrice), Explosions In The Sky - bien qu'ils comprennent l'utilisation de celle-ci (plus pratique) - considèrent tout simplement leur musique comme du rock ; Les membres de Godspeed You! Black Emperor voient quant a eux la musique comme une démarche politique et se sentent donc plus proche d'un groupe comme Fugazi ou Black Flag que de Mogwai.
En faite le terme de 'post-rock' est à été employé pour la première fois par le chroniqueur Simon Reynolds en mai 1994 à l’encontre du premier album de Bark Psychosis, ‘Hex', qu'il décrit comme « utilisant des instrumentations rock pour un résultat qui s'éloigne du rock et où les guitares sont utilisées pour obtenir des timbres et textures sonores plutôt que des riffs ». Cependant on fait généralement "naître" le post-rock quelques années avant, avec la sortie de disque comme 'Laughing Stock' de Talk Talk en 1991, ou 'Spiderland' de Slint. Il est vrai qu’à l'écoute de ces albums la relation avec le post rock d'aujourd'hui peu paraître mince, mais ceci font preuve d'une volonté, non d'évolution mais de changement radical avec la musique du début des années 1990.
C'est d'ailleurs l'une des composantes communes a tous les premiers groupes de 'post-rock', a savoir de se situer en opposition avec une musique qu'ils considéraient comme a bout de souffle où chaque groupe n'étaient qu'une copie de l'ancien, eux représentaient l'après rock, un rock sans règle ou seul l'inventivité serais le moteur. A bas, le fameux schéma refrain/couplet/refrain, ici on compose de longue piste (dépasser 10 minutes est chose commune) ou s'intègre aux classiques guitares/basse/batterie nombre d'autres instruments quitte à être une dizaine sur scène. Cette "après-rock" puisait (et puise toujours) son inspiration dans tous styles de musique tant le rock, que le jazz, l'électro ou encore le hip-hop. Le post rock se veut éclectique ! La musique dont l'une des caractéristiques principales est d'être instrumentale, c'est à dire sans chant (ou étant utilisé comme un véritable instrument je pense au Happy Songs For Happy People de Mogwai ou a l'hopelandish de Sigur Rós) permettait de voir chaque groupe comme la somme de ses musiciens et de leurs influences, aspirations ou idées ne formant qu'un : le groupe lui-même... C'est aussi en cela que le post rock allait à l'encontre du rock de l'époque, du "charme rock'n'rollien" et de cette sorte de culte de la personnalité qui fait du chanteur le personnage principal du groupe. (Kurt Cobain ET Nirvana, les frères Gallagher ET Oasis, Damon Albarn ET Blur,...) Or cet anonymat du a l'absence de tout leader, tant dans le groupe qu'au sein même du genre (il n'y a pas de chef de la scène post-rock mondiale) s'apparente a un refus du circuit musical habituel et donna donc naissance a une certaine forme de communauté ! Une communauté or de laquelle les noms de ses membres ne circule qu'entre initiés (généralement les noms des membres ne sont jamais inscrits sur les disques) pour ne pas que l'attention ne soit portée ni sur un des membres ni sur tous. L'individu semble effacé au profit de la communauté vue comme une personne à part entière, ou du moins ayant une identité propre. Il est important de remarquer cette relation entre les groupes et la communauté qu'ils forment, tout travail pour cette communauté, la font vivre en retour de quoi elle leurs confère un certain anonymat, les préservent de la médiatisation leur permettant de n'être ainsi jugé que sur leur seul musique. Le post rock refuse le décorum du rock... Il faut cependant souligner que cette communauté n'intègre pas seulement les membres des groupes mais aussi, les disquaires indépendants, les organisateurs de concert, les patrons de label. L'exemple de Constellation reflète bien cela.
Depuis cette naissance du post-rock, deux grandes communautés se sont formées, l'une a Chicago, l'autre à Montréal ! De par son ouverture et son passé musical, c'est à Chicago que ce développa en premier le post-rock et donc cette notion de communauté telle que je l'ai décrite plus haut. La ville est en effet un haut lieu de création musicale depuis le milieu de XXème siècle (notamment du blues) est c'est ici, en partie sous l'impulsion de Slint puis quelques années plus tard de Tortoise que ce créa à la fois cette musique (Tortoise est l'une des plus grande influence du post-rock actuel) et cet esprit qui n'est pas sans rappeler celui du jazz notamment au niveau des collaborations entre musiciens créant ainsi une pléiade de side-project. C'est grâce à ce riche passé musical que se sont fondés quelques principes du post-rock a l'image du refus de toute médiatisation, de ce souhait de rupture avec le rock de l'époque (issu du punk), des nombreuses collaborations au sein de la communauté (issu du jazz) ou encore de cette proximité - ou sincérité - avec le public. [Godspeed You! Black Emperor par respect envers son public - et par souhait de faire chier les rock-critiques qu'ils considèrent comme hautain - oblige ces derniers à payer leur place au même tarif qu'un simple spectateur.]
C'est essentiellement autour de groupes tels que Squirrel Bait et Bastro que se créèrent une pléiade d'autres groupes qui composeront cette communauté. Communauté d'ailleurs encore bien active puisque Tortoise a sorti son superbe 'Millions now will never die' en 2003, que David Pajo - après un passage chez Zwan - continue toujours de sortir des albums (soit dit en passant, son dernier album, sorti en 2005 est superbe) tout comme Will Oldham responsable de prés d'une dizaine de disques qu'il soit en solo, avec Palace ou Slint. J'ai essayé de mettre les différents groupes et les membres sous formes de schéma, pour que l'on puisse voir plus clairement ce noyau de la communauté.
Je connais d’avantage la seconde communauté celle qui s’est établi à Montréal, Canada autour du fameux label Constellation. C'est en 1997 que Ian et Don monte ce label persuadés que les quelques groupes qui se développent dans leur ville méritent d'être entendu et donc diffusés à une plus grande échelle.
« A l'époque, il y avait très peu de salles dédiées à la musique indépendante en Amérique du Nord, mais une forte envie de conserver ce genre de structures. Nous avions quelques groupes qui tournaient, mais pas de salle, alors nous avons lancé un label.» Ian (co-fondateur du label)
Ces quelques groupes sont alors Godspeed You Black Emperor !, Sofa, Sackville, Exhaust, Fly Pan Am puis Do Make Say Think de Toronto. Mais Don et Ian ne souhaitent pas monter un simple label, ici la démarche semble plus profonde que la simple production ou distribution. Cette communauté que Ian qualifie "d'identité régionale" regroupe donc ces six groupes ayant une philosophie ou du moins une vision et un point de vue sur le monde commun. Ian : " Cette identité régionale continue de nous guider, toujours dans le contexte d'une résurrection du genre rock indépendant sur tous les niveaux : esthétique, éthique, politique, le tout conservé au sein d'une production locale, auto-déterminée, mais toutefois a la résonance universelle (on espère!) " C'est donc en 1997 que sortent les trois premiers albums : Les deux premiers de Sofa (New Era Building et Grey) et le premier GYBE > F#a#oo
Aujourd'hui le label nommé Constellation rassemble quinze artistes, c'est en faite grâce aux membres des six groupes de départ que c'est développé un nombre important d'autres projets comme cela était le cas a Chicago, ainsi retrouve t-on par exemple, A Silver Mt. Zion (avec des membres de GYBE), Hangedup (avec un membre de Sackville), 1-speed bike (le projet d'un membre de Exhaust), Re: (avec Ian),…
Je voulais faire un schéma sur les groupes et les différentes affiliations entre eux mais il aurait été si tentaculaire qu’il serait devenu illisible et dé lors incompréhensible. Alors je m’en suis contenté d’un qui montre bien la place de Godspeed You ! Black Emperor au sein du label. En effet au moins six groupes de Constellation possèdent dans leur effectif un membre de cette formation, hors de ce label ce chiffre passe à une dizaine de groupe.
Aujourd’hui, Constellation ne respecte pas seulement ce qu’a pu être « L’éthique post-rockienne » il incarne celle-ci : très impliqué politiquement (pochette de Yanqui U.X.O de Godspeed You, par exemple), hermétique a la ‘corruption’ de l’industrie musicale, défenseur des disquaires indépendants et de toutes personnes percevant la musique comme une fin en soi et non comme un moyen d’enrichissement, les groupes du label refusent toutes interview aux poids lourds de la presse mondiale. ( Ce dernier point peut également ce rattacher au principe d’égalité au sein du groupe, en effet, dés lors que le groupe entier ne parle que d’une seule voix, il est impossible a un membre du groupe de parler au nom de celui-ci. Ce que d’ailleurs ne cesse de répéter Efrim de Godspeed)
A l’image de leur confrère de Chicago, le label Canadien organise lui-même la distribution des disques ce qui leur permet de priver les grands groupes de distribution de leurs albums tout en développant le commerce avec les disquaires indépendants. «Nous vendons en priorité aux disquaires indépendants, et non aux grandes compagnies, même si cela limite nos ventes. Cela nous permet aussi d'être plus proche de la scène culturelle alternative». « Nous voulions favoriser l'économie locale en travaillant avec des artisans indépendants [...] »
Constellation se caractérise également et par l’esthétique des albums, en effet, au lieu des typiques boîtiers en plastique, le label propose des pochettes cartonnées sur du papier recyclés, qui leur permettent de faire travailler quelques artisans (les pochettes sont fabriquées main) « In executing our hand-made packages, we attempt to affirm and contribute to a grassroots economy of small-scale artisans, technicians and suppliers » [site du label] De même - et cela depuis peu seulement - les vinyles sont pressés sur du 180g et sont donc d’une qualité supérieure a la normal, nouvelle preuve si besoin du musico centrisme dont fait preuve le label tout en garantissant un accès a la musique facilité par des prix on ne peu plus raisonnable. Cependant avec le succé grandissant de ses propres groupes (Godspeed You! Black Emperor en est encore une fois l’exemple type) le label a du opérer quelques changements. « Jusqu'en 2001, le choix du papier et de la technique était différent pour chaque pochette. Maintenant, certains albums doivent être tirés à 5000 au lieu de 500 exemplaires, et il faut faire des compromis. Le principe est le même, mais la réalisation est moins artisanale qu'avant » Le but est cependant toujours le même: « Our aim is for each release to resonate as an integrated art object, where the sensibility of the music is reflected in and reinforced by the tactility of the package that contains it » [site du label]
De par son statut de communauté, les musiciens - si ils le souhaitent - peuvent participer aux décisions du label, à la confection de ces pochettes ou encore la supervision des commandes.
Comme je l’ai dis plus haut, cette communauté ne renferme pas seulement les membres du label et ses dirigeant, en effet, on y retrouve toutes les personnes dont l’importance est primordiale dans tout “circuit musical”. Ainsi on retrouve des salles de concerts, notamment “La Casa”, lieu qui semble ô combien convivial, ouvert en 2000 et qui tiens place de plaque tournante locale, ce café - restaurant - salle de concert fondé par Efrim et Mauro est tenu par ce dernier. Ici c’est toute l’éthique de Constellation qui se reflète, ne disposant pas de publicité, c’est le bouche a oreille ou la réputation qui fit connaître ce lieu, aujourd’hui bien encré dans l’univers musical de la ville il accueil chaque soir des artistes d’horizon différent punk, pop, folk, jazz ou musique expérimentale ce côtoies dans cette salle. D’ailleurs c’est par une date à “La Casa” que la plupart des groupes des deux groupes labels de la ville entament leur tournée. L’autre grand label montréalais est Alien8, lui aussi indépendant il regroupe nombre d’artistes de grandes qualités et de grandes diversités. Ainsi retrouve ton Sam Shalabi, Knurl, Merzbow ou encore les magnifiques Set Fires To Flames et Molasses. Hors de “La Casa”, on peut aussi intégrer les disquaires indépendants, qui ici comme partout ce font de plus en plus rare, mais qui ont joué un rôle si ce n’est primordiale d’une grande importance dans le développement de la scène montréalais. Conscient de cela et dans le but de préserver les quelques magasins qui subsistent aux grands groupes, c’est à eux et a eux seule qu’est attribué la vente des places de concert. Avec la notoriété grandissante de ses groupes, la communauté espère- en créant cette situation de monopole - préserver la survie de ces résistants de l’industrie musicale.
Comme n’importe quel pays a l’heure actuel, la France compte son nombre de groupes a tendance post-rock, dans le lots une très grosse majorité ne sont pas réellement intéressants, adepte d’un simple copié collé des grands noms, ils reprennent sans créativités les idées d’un genre qui tant a se répéter sans cesse. Cependant on trouve tout de même quelques bon groupes, qui - sans pour autant avoir sortis des chez d’oeuvre - mérite le soutien. Ainsi on retrouve par exemple Mélatonine, Stéréogrammes, Dont look back, Looking For John G, Fago.Sepia, Microfilm ou les regretté d’A Place For Parks. (Liste non exhaustive) (Au passage, tout les groupes cité ci-dessus - sauf A Place For Parks et Microfilm - sont sur la compile RockPostOne, téléchargeable gratuitement ici Par ailleurs, le forum du site regorge de news, de groupes intéressant et de personne connaissant le post rock sur le bout des doigts. Un site recommandé et recommandable donc).
Voilà c’est la fin de cette ‘réflexion’ sur le post-rock, il reste cependant pas mal de chose a dire, notamment sur le lien qui unis ce genre et le support cinématographique, ici plus qu’ailleurs la musique va de paire avec l’image et ce n’est pas anodin si l’on attend par-ci par-là que le post rock ferait une B.O merveilleuse d’un film retraçant notre monde, notre vie. Par la même ce texte permet de se rentre compte que le post-rock n’est pas QUE du rock instrumental, et le rock instrumental n’est pas tout le temps du post-rock contrairement a ce que l’on peut voir quelques fois. Cependant, il serait trop prétentieux de ma part de qualifié ce petit texte de définition du genre, ceci n’en est pas une, premièrement parce que j’en aurais été incapable, et deuxièmement parce que ce que j’ai écris ne permet pas de savoir si tel groupe peut être qualifié de post-rock. Merci
Je pense qu’il est également important de souligner que cette notion de communauté dépasse de loin la simple catégorie musicale qu’est le post rock et qu’elle ne lui est pas propre. Que celle ci regroupe des passionnés dont la seule préoccupation demeure la musique et dont le désir de s’exprimer, c’est à dire de jouer passe par une indépendance totale et par un désir de voir se développer une certaine prise de conscience (politique).
Dossier réaliser par Pontcho et illustré par Cos
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